L'introduction du bouddhisme au Tibet s'est effectuée en deux phases successives, séparées par une période de rejet, d'intolérance à la nouvelle religion, suscitée par les prêtres autochtones Beunpo, qui avaient obtenu l'appui des seigneurs féodaux et du roi Langdarma, mort en 842. Dans le même temps, plusieurs vagues d'envahisseurs musulmans (Turcs) allaient mettre brutalement fin par le glaive et le feu à la riche civilisation intellectuelle et artistique du bouddhisme tardif en Inde.
Le peuple tibétain, des montagnards rudes et vigoureux, avait une vocation pastorale et guerrière autant et plus qu'agricole. A une certaine époque, il conquit de vastes territoires en Asie centrale et fut en relations tantôt belliqueuses, tantôt pacifiques, avec ses voisins, pays de civilisation chinoise, indienne, touranienne, etc. La pénétration des idées bouddhistes, d'abord sporadique, se fit par deux voies principales, depuis la Chine à l'Est, où elles étaient influentes, et depuis l'Inde et ses régions frontalières, comme le Népal et le Cachemire, de plus, des réfugiés bouddhistes s'installèrent au Tibet, venant de régions septentrionales de la haute Asie, lorsque les musulman les eurent conquises et islamisées dès le début du 8ème siècle.
Selon la tradition, le premier roi tibétain qui favorisa le bouddhisme fut Song Sten Gampo (7ème siècle), il se serait converti après avoir épousé une princesse chinoise et une princesse népalaise. Toutes deux sont tenues pour des incarnations de Tara, l'une sous sa forme blanche, l'autre sous sa forme verte. La première aurait apporté à Lhassa une statut, restée célèbre, du Bouddha Shakyamouni qu'elle fit déposer dans temple fondé par elle, tandis que la seconde apportait en dot une autre statut et érigeait le temple de Troulnang. La rivalité d'influence entre bouddhistes d'obédience chinoise et bouddhistes d'origine indienne allait se manifester jusqu'au moment où les second remportèrent la victoire.
Tilopa et Naropa
Deux Siddhas au moins méritent encore une attention particulière, Tilopa et son disciple Naropa, car ils sont à l'origine des plus grandes écoles mystiques du bouddhisme tibétain.
Tilopa qui vécu au 11ème siècle aurait été un presseur d'huile de sésame. Son initiateur, le pandit Bhahana, l'invite à extraire de son corps l'huile de son activité spirituelle, pour remplir le vase de son âme en utilisant le ferment du vide, qui ne connaît aucune différence. Une fois embrasé par le feu de la connaissance, il pourra chasser le ténèbres de l'ignorance et tout éclairer autour de lui. Il existe bien d'autres récits concernant Tilopa, certains le mettent en relation avec le Siddha Nagarjuna, attribuent son initiation à un dakini ou directement au Bouddha primordial, Vajradhara.
Vis-à-vis de Naropa, né au Cachemire, Tilopa est un maître dur et exigeant. Avant de rencontrer son gourou Tilopa, au terme d'une longue et difficile recherche, Naropa avait enseigné à Nalanda, où il fut le gardien de la porte du Nord, c'est-à-dire l'une des autorités du grand centre monastique et universitaire.
Naropa fut initié par Tilopa au Kalachakratantra. Lui même eut pour disciple Marpa, dit le traducteur, lequel initia par la suite le grand poète mystique Milarépa, « l'homme vêtu de coton », qui s'infligea une rigoureuse ascèse, après une jeunesse orageuse et fut à l'origine de la lignée Kagyupa.
Un célèbre manuel de yoga est intitulé : « Les six doctrines de Naropa ». Ce texte donne, semble-t-il, la quintessence des instructions que Naropa a reçu de son maître Tilopa au sujet des méthodes secrètes, psychopsychologiques, permettant de réaliser l'expérience mystique. Sont aussi attribués à Naropa des commentaires du Hevajratantra, du Kalachakratantra et d'autres cycles tantriques.
Naropa
Atisha et la réforme Religieuse
Né à Vikrammapura (au Bengale oriental) en 982 d'une noble famille, Atisha avait choisi de bonne heure la vie religieuse. Il étudia le Mahayana et fut initié aux tantras. Dans sa jeunesse, selon les « annales bleues », Atisha aurait passé trois ans en Uddiyana, prenant part à des cérémonies tantriques avec des êtres féminins surnatures qu'on nomme dakini. Il reçu l'ordination à un âge qui varie selon les sources (19 ou 20 ans), d'un moine Mahasamghika.
Un voyage devait marquer le couronnement de la formation d'Atisha. Il s'embarqua en 1012, semble-t-il, sur un navire transportant des marchands. Après une longue navigation de plusieurs mois, il atteignit l'île de Sumatra, où il devait demeurer douze ans, y approfondissant sa connaissance du Mahayana et de la philosophie. De retour en Inde, Atisha poursuivit sa carrière monastique à Odanatapuri, Somapuri et surtout à Vikramashila. Il remplit des fonctions éminentes d'enseignement, acquérant une grande renommée et veillant avec soin au respect de la discipline canonique.
Son départ pour le Tibet fut décidé malgré les réticences du supérieur administratif du monastère. Celui-ci aurait voulu le garder et insista auprès de l'envoyer tibétain pour qu'Atisha revint en Inde au bout de quelques années.
De 1042 à 1054, Atisha allait demeurer au Tibet, jusqu'à sa mort sans jamais retourner en Inde. Il fut triomphalement accueilli par les souverains du Gu-gé. On sait que Djangtchoubeu comptait sur lui pour établir dans le pays une forme pure et plus orthodoxe du bouddhisme. Dans ce but Atisha fut encouragé à composer un ouvrage expliquant la voie à suivre pour atteindre l'Eveil. Ce livre, rédigé au monastère de Tholing, et intitulé en sanscrit Bodhipatha-pradipa (la lampe du chemin de l'Eveil). Très court (soixante six vers) il eut néanmoins un retentissement considérable, car il est censé donner l'essence tant des tantras que des soutras. Atisha y glorifie l'idéal mahayanique de Bodhisattva, qui se dévoue pour le salut se tous les êtres, et souligne la nécessité d'échapper à l'illusion du monde des phénomènes en prenant conscience du vide fondamental, où s'abolit toute réalité. Mais il insisté sur le fait que la sagesse gnostique est inséparable de l'action juste portant à l'extrême une conduite morale, altruiste et diligente. Le début du texte fait allusion à une théorie devenue très courante dans le bouddhisme tibétain, qui distingue trois catégories d'êtres humains, selon leur aptitude plus ou moins grande à obtenir l'Eveil : inférieure, moyenne et supérieure.
Atisha avait une dévotion particulière pour la déesse Tara et, lorsqu'il fut invité à venir au Tibet, celle-ci l'aurait, dit-on, encouragé à faire le voyage. Il était initié à la pratique de plusieurs tantras, notamment le Kalachakratantra.
Le prestige extraordinaire acquis par Atisha aux yeux des tibétains est mis en relief par l'épisode de sa rencontre l'érudit traducteur Rintchen Zangpo, devenu un vénérable vieillard chargé d'années de gloire, qui s'humilia devant lui et trouva, dit-on, en sa personne le seul maître qui fut capable de lui apprendre à méditer avec fruit.
Au Tibet central, le bouddhisme avait pu assurer sa renaissance malgré les persécutions. La tradition monastique s'y était perpétuée dans des conditions difficiles et obscures. Des moines réfugiés d'abord dans les provinces orientales étaient venus réanimer les instructions monastiques. Mais, comme au Tibet occidental, le bouddhisme avait besoin d'être affermi et purifié.
Ce fut encore, pour une part, la tâche d'Atisha, invité par un groupe de disciples à faire une tournée au cœur même du tibet. L'un de ces disciples s'appelait Domteun. Il avait reçu sa formation dans le Kham d'un moine népalais Smirti, qui fut à l'origine d'un renouveau des études sanskrites et bouddhiques. Dans le Kham survivait aussi une tradition issue de Padmasambhava, grâce au traducteur Vairocana.
Domteun vint au royaume de Gu-gé prendre contact avec Atisha, il le persuada de se rendre dans une grande province du Tibet central. Dans toutes les localités le pandit indien fut accueilli par les moines et les notables, à Nyétang, il fit une conférence devant un rassemblement d'étudiants, puis il se rendit à Lhassa, où il continua à prêcher la doctrine telle qu'il la concevait. C'est à Nyétang qu'il finit par se fixer et termina sa vie en 1054. Un magnifique mausolée y perpétue sa mémoire.
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